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La laisseras-tu partir ?

21 juillet 2012

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Lucie avait le ton grave et sûrement, les larmes aux yeux. Elle se tenait debout derrière moi, les poings serrés tenant les plis de sa robe.

Je n’avais à vrai dire aucune envie de lui répondre. Je n’avais pas d’idée sur la vérité. Ce « la » me renvoyait trop loin dans ma mémoire. Ce « la » était quelque part, perdu, presqu’oublié dans un coin de ma tête.

De toutes les personnes que j’avais rencontrées dans ma vie depuis des mois, des années, Lucie était la première à poser une question sensée. C’était la seule à avoir touché du doigt, l’interrogation ultime : celle que je cachais au fond de moi, celle dont je gardais le secret.

Certains ou certaines vous diront que je suis dérangé. D’autres, que je suis psychotique. D’autres, encore, vous diront que je suis maniaco-dépressif. Tous vous diront que je ne suis pas méchant à fréquenter, que je suis même agréable et gentil, au début. Puis ils vous décriront la lente descente vers l’enfer. La transformation du réel. La transition d’une vie fait de petits moments de bonheur vers une sorte de piège affectif.

Il paraît que je n’y suis pour rien, qu’il existe des gens pour m’aider et me soigner. Il paraît qu’il y a des gens qui se soucient de moi, de ce que j’étais et de ce que je suis devenu. Il paraît qu’il y en a qui se préoccupent de mon avenir aussi.

Je ne suis pas certain de comprendre tout ceci. Je sais que j’ai quelques désordres affectifs à combler et à remettre d’aplomb. Je sais que le mieux pour moi serait d’oublier, d’accepter la réalité telle qu’elle se dresse devant moi, tout comme elle s’est dressée ce jour-là devant mes yeux, mon cœur et mes mains.

Ce qu’elles ne comprennent pas, ces personnes, celles qui vous veulent du bien : c’est que rien n’a suffisamment de valeur pour se substituer. Sauf le rien que j’ai décidé. Je n’ai guère de valeur dans ce monde. Je n’ai pas marqué au fer rouge le monde de ma « grandeur », de mon « âme ». Je ne suis guère que le énième être humain à faire un passage dans cet espace-temps et même si j’essaie d’y mettre toute ma bonne volonté, cela n’effacera pas l’erreur.

Pour se pardonner, d’aucuns inventent une histoire dans laquelle ils se donnent le rôle de victime. Ils cherchent des raisons dans leur enfance, dans les traumatismes qu’ils ont pu avoir et par rapport auxquels, ils ont pu développer ce qu’ils appellent une réaction de protection. La vérité : c’est qu’il s’agit d’un faux-fuyant destiné à déculpabiliser, à déresponsabiliser la personne qui a pris en un instant une décision telle qu’elle lui était dictée par son cœur.

Le choix. Le choix est une notion difficile à faire entendre. Certains ou certaines vont vous parler qu’ils ou elles ont fait le choix « de » ou ont pris la décision « de ». Lorsque vous grattez un peu la vérité, vous entendrez bien vite qu’en fait, il n’en est rien. Au lieu d’un choix, il ne s’est agi que d’une acceptation d’un fait. Un fait qu’il était trop tard pour nier ou pour affirmer.

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Non. Je ne suis pas capable de me pardonner puisque je ne comprends même pas le sens de cette phrase. Non, je ne veux pas « la » laisser partir… Elle était un bout de moi jeté dans l’infini. Elle était un bout de quelque chose qui avait une certaine beauté dans l’insignifiance qu’elle pouvait avoir. Peut-être était-elle le résultat d’une dizaine de minutes d’insouciance, peut-être s’en était-il fallu de peu pour qu’au lieu de vous parler d’elle, je ne vous parle de rien. Peut-être. Peut-être, mais ce n’est pas ce « peut-être » qui l’a emporté. C’est elle.

Personne n’est en mesure de vous donner la leçon lorsque ce genre de chose arrive. Surtout pas les égocentriques qui vont nier la réalité jusqu’à ce qu’elle s’impose. Le déni doit être inverse. Le déni doit refuser la réalité tiède que l’on vous impose pour, soit disant, votre « bien ». « Dormez tranquille : ici, on tue et l’on se pardonne ».

La belle affaire.

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Je voudrais bien, Lucie, me retourner et te faire face pour te dire, les yeux brillants d’une fièvre indicible : « oui… »

Mais pour qui le ferais-je ? Pour toi, pour moi ? En tout cas, pas pour elle.

Elle n’avait rien demandé. Comme cette autre « elle » pour qui j’avais tant d’affection. Elles n’avaient rien demandé. L’une était là. L’autre a disparu prématurément. Tout ça pourquoi ? Pour contenter l’égo ridicule de personnes qui ne croyaient pas en elles. Le beau gâchis.

Croire qu’il faut faire les choses par ce qu’on y est poussé. Ridicule. Nous ne sommes pas là pour nous-mêmes. Nous ne sommes pas là pour nous contenter nous. Celui qui comprend le poids d’une vie comprend pourquoi la légèreté n’est pas dans les choix. La légèreté est dans les gestes du quotidien, dans l’affection que l’on apporte à chaque être. Si l’on est vrai et qu’on ne cache pas ce que l’on est, on ne fait jamais dans le mesurable. L’autre est là pour le comprendre parce que lui non plus ne sait pas faire dans cette mesure. Si la finalité de vivre est de mourir, autant vivre et donner à ce que prendra la suite l’espoir, la vision d’un autre possible. Te vois-tu enseigner à ces âmes innocentes que leurs seuls horizons sont cernés par les limites de leurs propres expériences ? Qu’elles auront raison de s’apitoyer sur  elles-mêmes parce qu’on ne leur aura enseigné que leurs parents ne savaient faire que cela ?

Je n’ai pas encore prononcé son nom… Mais cette chose infâme a un nom : « la fatalité ». Je suis ainsi « parce que »…

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Je crois, Lucie, qu’aussi pertinente puisse être ton interrogation, elle n’a pour moi aucun sens. Même si je peux te répondre par « oui » ou par « non » à tes questions, il reste que mes réponses n’ont aucun lien avec la raison pour laquelle, je reste là, silencieux, peut-être à moitié ravagé du cerveau comme certaines âmes bien pensantes se sentiront autorisées à penser.

Je l’ai déjà laissée partir. Je me suis déjà pardonné quelque part si dans ton idée « se pardonner » est identique au fait d’avoir accepté le fait et non, ce que j’ai fait. Je l’ai déjà laissée partir car quand je pense à elle, je pense d’abord à ce que je serai en train de faire avec elle aujourd’hui et non, à ce que je regrette de n’avoir fait.

Je crois encore. Je sais. Je suis déjà mort dans ma tête et c’est peut-être l’unique raison qui me maintient en vie

Ne vous inquiétez pas.

18 juillet 2012

En désaccord de l’air qui nous nourrit des âmes en déshérence de l’envie, du luxe dont l’animal nous a laissé la trace. La transe nous saisit par delà cette solitude, cette vie que l’espoir a décoré de fleurs de papier pour qu’elles brûlent mieux aux premières lueurs d’un jour qui s’est un instant levé. La musique bruyante de toutes ses résonances que l’on croyait enfouies sous le bazar désordonné des déceptions et des amours ratées nous remplit d’un sentiment plat. Une mélancolie douce qui a oublié les passions dont elle s’est fait naissante. Il n’y a rien, aucun horizon, aucun perspective. Tout est calme autant que tout est prêt à bondir ou bien prêt à disparaître. Un peu comme le condamné qui s’avance devant le peloton d’exécution. Il sait l’avenir et il ne peut s’empêcher d’y penser comme la chose la plus terrifiante et comme le moment où interviendra sa libération. Il se fiche bien du jugement des autres, eux qui se sont rendus coupables de l’avoir conduit là, devant le billot. D’aucuns penseront à l’expression d’un égoïsme latent qui ne manquera pas d’éclater, même à la dernière seconde. Mais personne n’aura la clairvoyance de reconnaître la symbolique ultime de cette abnégation, de cette allégeance au coeur plutôt qu’à la raison. Ils chercheront le pourquoi au lieu de comprendre le comment. Ils penseront de lui que c’est la fin alors que ce ne sera qu’une délivrance. La délivrance d’un monde fichu d’une mélodie où le défaut en est son harmonie. Et quand bien même certains se relèvent parfois pour ne plus être à genoux, on leur coupe les bras des fois qu’ils puissent effleurer le ciel.

Mais tout cela n’a guère d’importance car vous aurez perdu la mémoire de cela dès demain, inquiets de votre propre existence qui vous semble avoir une valeur et que vous continuerez en vain de chercher.

C’est un été pluvieux

15 juillet 2012

C’est un été pluvieux, un de ces étés qui commencent par trois rayons et qui s’emportent sur des notes d’automne. On regarde par la vitre et l’on n’a plus envie de sortir. On a peur d’affronter cette pluie dont on ne sait d’où elle vient. Certains te disent que les temps changent et que si tu veux retrouver l’été comme tu l’as dans ta mémoire, il faut t’exiler. D’autres te disent que cela reviendra et que de toute manière, c’est toi qui as imaginé que l’été était beau et chaud. Tu as juste effacé de ta mémoire les souvenirs de pluie, les orages et les nuits blanches passées sous les gouttes à courir là-bas ou ailleurs. Mais je ne crois ni à l’un, ni à l’autre. Les années ont passé et si j’ai compris une chose, c’est que l’été est une idée mais ce n’est pas lui qui constitue la mémoire.
Je n’ai plus envie d’être naïf, je n’ai plus envie de reculer par crainte de faire quelque chose qui pourrait m’éloigner de l’idée. J’ai choisi d’être là pour la seule raison qui ne s’explique pas. Je sais qu’il y aura des averses, qu’il fera froid parfois mais je m’en fiche. Tout ça ne compte pas. Je sais qu’il faut encore que je fasse des choix, je sais qu’il faudra encore que j’ose aller dans des directions inconnues. Mais je m’en fiche. C’est un peu comme, je pense, quand on a la foi. On sait que c’est par là qu’il faut aller, on sait qu’il y aura de l’autoroute mais aussi des chemins pleins de gravier mais rien n’y fait. Et même si le coeur peut parfois se serrer, ce n’est pas tant parce qu’il est mal traité que parce qu’il se tend au-delà des vides de la réalité. C’est douloureux et c’est beau. C’est un peu comme un coureur ordinaire qui se lance dans un marathon. Une fois qu’il est dans la course, une fois qu’il a entamé le périple, il se demande pourquoi il s’est jeté dans cette épreuve, pourquoi ses jambes lui font mal, pourquoi son souffle vient à lui manquer, mais au final, il sait que c’est là qu’il obtiendra sa satisfaction : lorsqu’il se sera dépassé, lorsqu’il aura fait sauter toutes les barrières, les limites.
Le problème n’est jamais de choisir car le choix, nous le faisons toujours même si nous voudrions que ce soit lui la source des questions. Le problème est d’entendre pourquoi nous avons fait le choix.
J’ai fait le choix d’aimer cet été et la météo peut en faire ce qu’elle veut, je ne reculerai pas. J’ai tellement de souvenirs à me faire, j’ai tellement de sourires à obtenir, j’ai tellement de choses à donner à cet été.

On n’sait jamais (avec Caelie)

8 mai 2012

Odeurs boisées. Les mains jointes. Il y a un ruisseau, perdu, dans la vallée. Et nous buvons. Nous buvons à en perdre la tête.

Il y a ces moments inachevés qui virevoltent parmi les feuilles d’automne avec une couleur de terre.

Nous bernons le soleil et ses nuages comme si demain n’existait pas, et je n’ai qu’un léger pull sur les épaules. Mais maillé par tes soins, il m’enveloppe à merveille.

Odeurs boisées, sous tes cheveux, sous tes paumes pressées contre mes joues.

Il y a la lune. Il y a les pavés.Des fleurs, n’en reste qu’une,
celle qui s’est accrochée.Celle à l’odeur des rancunes,
celle qu’on voudrait incendier.

Elle est la dernière trace d’une guerre où nous n’avons jamais mis les pieds. On le sait. Ce n’est pas cela qui nous fera reculer.

J’ai le regard d’hier qui s’empêtre dans le fouillis de mes demains.
A deux doigts de ton être, et à te prendre à deux mains.

J’ai des lettres à l’aurore que je n’ai pas envoyées. Je ne veux pas faire l’effort car je veux encore croire, ne serait-ce un instant, qu’à une encablure de ton port, j’ai le droit d’oublier.

D’oublier le reste du monde, d’être juste là, avec toi et la rivière à nos côtés.

Nous rentrons bientôt. La maison n’est pas loin. Nous avons notre chambre au premier. Un écrin de poussière est posé sur la table de chevet.

Il y a des photos. De belles photos. De vieilles photos.

J’aurais voulu oublier le reste du monde beaucoup plus tôt. Faut-il croiser ses doigts de pied pour espérer un peu plus qu’une simple pluie d’étoiles un soir d’été ?

J’ai peur d’oublier, sais-tu, que l’aurore est jolie quand elle disparaît doucement. Et je ne veux pas disparaître.

Encadre-moi. Peins-moi ton ciel sur les hanches, que je te porte quelque part.

A naître de l’esquive, un jour nous serons rois. Rois de cette autre rive où il était une fois… Un conte où les lascives écrivent même leur loi, qu’elles portent dans des missives, à l’autre bout d’un toi que je cherche dans l’ombre derrière moi.

Nous serons heureux. Incapables de savoir pourquoi ni comment, mais nous le serons.

Le jour ou la nuit, séparés ou bien ensemble, nous ne serons jamais bien loin l’un de l’autre.

Il y a des gens qui raconteront que ce qu’on aura vécu n’était qu’une amourette parce qu’ils comptent les heures comme des minutes et les mois comme les heures. Ils croient que le temps est un fil qui avance à une allure constante quoiqu’on fasse, quoiqu’on vive et quoiqu’on pense. Alors que rien ne lasse et que le tout ressasse le flanc de la rivière, la branche du buisson et le soleil d’été sur ta robe bonbon. Même l’odeur rappellera la sueur qui le long de ton cou, perle avant son rendez-vous, la fragrance des fleurs renversées sur le sol au milieu de nos bouts, dans les vagues des draps.

Fermer les yeux. Je ne veux que fermer les yeux et sentir tes mains dans ce cou si anxieux.

Je me tairai, bien sûr, malgré tous ces mots qui frapperont ma langue dans l’espoir de s’envoler vers ton regard.

Je me tairai, car mes pupilles voudront te dire bien plus encore.
Que l’instant soit rompu par des paroles de trop, celles de tous ces gens qui ne nous connaissent pas, peu m’importe, c’est à tes mains que ma mémoire écrit de vraies pétales. Elles vivent l’histoire comme nous la contions. Prends mon bras. Ils nous restent un peu de temps avant, tu sais …

Les cerisiers seront bientôt en fleurs.

Je me tais. Je nous laisse un silence, un soupir, une respiration.
Tu me tournes le dos et je sens bien ton regard qui voit plus loin que l’aplat impeccable du mur qu’il contemple.

Je devine ce sourire qui s’étale sur tes lèvres, la fossette resquilleuse se moquant de mes mains baladeuses qui traînent à la lagune désœuvrée.

Tu ne me demandes pas si je suis bien. Tu le sais. A la manière dont mes doigts te frôlent et provoquent cette chair de poule qui te fait frissonner. Je te connais par cœur même sur ces terres que je n’ai jamais explorées. Je me perdrai sûrement en chemin mais je saurai encore où il me faut aller.

Tu es mon parchemin et ma langue étrangère. Mon voyage au lointain.
Donne-moi ton plan de vol, le nom de tes escales que je puisse tracer cette ligne improbable le long de tes contrées avant que notre petite mort nous dise que l’aube s’est levée.

Caelie & Tilou

avril-mai 2012

(publication originale sur LPDP : ici)

C’était après la troisième guerre mondiale.

6 mai 2012

C’était après la troisième guerre mondiale. Le moment où l’humanité a cru en elle pour elle-même et non en ceux qui la composaient. Ce fut un moment douloureux, indescriptible. C’était beau, triste et effrayant. Il y avait des feux d’artifices, des cotillons et des amants pour faire l’amour au son de cette célébration. Mais la chose devant laquelle ils souriaient n’était pas eux. Elle ressemblait au rêve d’un autre. C’est à ce moment-là que le “Je” a commencé à s’interroger. Le “Je” n’était-il pas universel ? L’envie d’être, l’envie de posséder n’était-il pas en chacun de nous ?

C’était après la troisième guerre mondiale où certains ont réalisé que l’enfant ne leur appartenait pas et avait des rêves plus grands. Il croyait à toutes ces choses qui nous dépassent, et qui font que “nous” restons là, l’un contre l’autre, amoureux de l’autre rive… celle que nous ne connaissons pas, celle qui nous fait peur autant qu’elle nous attire.

C’était après la troisième guerre mondiale, celle qui a confronté l’individu à sa dualité et où il a réalisé dans la douleur qu’il n’était pas digne de recevoir son amour. Celle qui a dénoncé ce monde ancré dans les frontières d’un être qui n’avait plus de doutes sur le chemin à emprunter.

C’était après la troisième guerre mondiale, celle où les canons et les militaires ont perdu leurs frontières. Celle où la nuit s’est fait lumière, et où tu es venue. Nue, sans tes barrières et où je t’ai accueillie en te demandant uniquement ce que tu voulais faire.

Je ne suis qu’un décor

6 mai 2012

Je ne suis qu’un décor, qu’un appartement où l’on vient se réfugier, une pièce plein de courants d’air qui en gardent les clés.

Je ne suis qu’une amphore, une outre pleine de vin que l’on vient boire quand on a besoin de se saouler.

J’ai des idées sur l’encor et sur la fin de l’été, j’en connais les refrains et je suis là pour te dire qu’il ne faut pas s’y arrêter.

Il y a des milliers de matins où il faut bien se souvenir que le jour s’est levé avec ce sourire à tes lèvres alors que tu n’étais même pas réveillée. J’avais sûrement l’air un peu lointain : je m’étais laissé emporté. 

Sur des routes, des chemins bordés d’un chagrin qui rêve d’oublier, même s’il reste dans l’écrin posé là, tout à côté.

Je ne suis qu’une chambre, une terrasse de café où l’on prend une limonade avant de la quitter.

C’est ma main dans la tienne qu’on va laisser au vent.

26 avril 2012

Laisse-moi ce silence dans lequel je ne vois rien, dans lequel je m’angoisse et je doute de l’après. Comme si l’absence de promesse obstruait le fait de penser qu’il puisse y avoir un avenir. Je ne te parle pas d’un ligne tracée avec d’ores et déjà toutes ces formes, ces circonvolutions et sa fin. Il y a toujours une fin lorsqu’il y a eu un début. Je n’ai guère de doute là-dessus. Si je te dis que tu me manques, tu vas dire que j’exagère ou que ce n’est que mon problème. Et tu auras peut-être raison après tout. C’est le principe de la consommation. C’est jetable. C’est un peu comme ces sacs plastiques qu’on ramène du supermarché. On sait qu’ils ne seront pas à nos côtés toute notre vie mais on les garde car ça peut dépanner. C’est une vision très utilitaire mais quelque part, elle ne laisse pas de place à l’idée affective.
Moi, je conserve, tu le sais bien, même les mots écrits sur un bout de sopalin qui a failli brûler sous la menace d’une cigarette. Mais je n’avais pas assez de colère en moi pour le faire. Je n’avais pas assez d’envie pour effacer ce qui avait été pour moi, un instant entre les autres. Je me dis parfois que la mémoire est une chose dont on devrait se défaire. Mais en a-t-on le droit ? Est-ce bien honnête ? Quand on oublie une chose, c’est un peu comme si on lui donnait la mort. Son existence s’arrête. Alors peut-être faut-il avoir le tempérament d’un assassin pour savoir le faire. Ne pas avoir de scrupule à dire une chose puis quelques mois, quelques jours ou bien quelques années plus tard, dire le contraire. Mais ce n’est même pas là la question. Ce n’est pas la contradiction qui pose souci. C’est le reniement. La contradiction, peu ou proue, on finit toujours par l’accepter car même si elle dénonce le caractère futile de la parole et surtout, le peu de valeur que certains lui accordent, le reniement, c’est tout autre chose.
“Merci pour elles”, tu me dis souvent alors que “Merci”, cela serait beaucoup simple. Et surtout beaucoup plus proche de la réalité objective. C’est vrai qu’en utilisant ces mots, ça permet de dire des choses sans vraiment les dire mais cela reste malhonnête. Je ne fais pas les choses “pour elles”. Resteindre les faits à ceci, c’est quelque part jouer avec des matières qui ne sont pas faites pour ça. On peut jouer dans n’importe quel autre domaine, on pourrait même faire “semblant” dans d’autres théâtres. Mais là, c’est notre pièce, c’est notre scène et surtout ma main dans la tienne qu’on va laisser au vent.

Je n’aime pas l’idée que je me fais de moi

14 avril 2012

Si j’aime l’idée d’être pour les autres, je n’aime pas l’idée que je me fais de moi. A peine est-ce que j’ai écrit ces mots, je vois d’ici les mines pleines de compassion des gens qui me sont plus ou moins proches, j’entends d’ici leurs paroles pleines de gentillesse et de bon sens qui vont tailler en pièces avec douceur mon affirmation. Les gens n’aiment pas l’idée que quelqu’un ne puisse pas s’aimer lui-même. Pour eux, il s’agit d’un principe inamovible et surtout la source de tout le reste. Dans leur esprit et dans leur “religion”, quelqu’un qui ne s’aime pas, ne peut pas aimer les autres et c’est là, la source de l’échec. Pourtant, il n’est rien pour faire la démonstration de ce précepte, de cette loi soit-disant naturelle. Mais que faire pour démontrer le contraire d’une non-argumentation.

“C’est comme cela et cela a toujours été, et ce n’est pas toi qui vas changer les choses. Surtout avec des idées comme cela.”

Quand vous entendez cela, vous êtes obligés d’acquiescer. Non, c’est vrai, ce n’est pas vous qui allez changer les choses. Surtout avec des idées comme cela. Il est tellement aberrant d’imaginer que quelqu’un puisse vivre sans avoir un égo prêt à l’étouffer avant même d’avoir regardé ce qui l’entoure… Non… C’est inimaginable.

Vous continuez alors à avancer, coincé entre l’idée d’être une anomalie et l’envie que vous avez de vous nier pour laisser la place à ce qui a de l’importance, c’est-à-dire, l’autre. C’est une sorte de paradoxe. Vous êtes renvoyé vers vous lorsque vous vous mettez dans une position d’aimer l’autre. La vérité ? C’est juste que les gens n’arrivent à se voir au travers des autres. En fait, leur individualité les aveugle sur le reflet que les personnes leur renvoient. Ils voudraient pouvoir se voir comme ils s’imaginent être et non pas comme ils sont perçus. Et pourtant, c’est bien là, l’enjeu. Etre pour ce qu’on perçoit de nous et non, pour ce qu’on imagine pouvoir être.

Il y a sûrement un problème de personnalité à la base de cette démarche. La plupart des gens entendent leur personnalité au travers des caprices qu’ils sont capables de faire et non au travers de ce que leur entourage plus ou moins proches en dit. La personnalité est réduite à sa plus simple expression : elle se jauge à l’échelle de la nuisance que chacun peut avoir sur son environnement. Tout autre échelle de valeurs est suspecte de moutonnage. Fondre l’individu dans la société, quelle idée rétrograde ! Et ensuite les gens vont vous parler d’amour, de fusion avec l’autre, de cette espèce d’idéal proprement opposable à la manière dont ils appréhendent leur altérité. Mais que faire ? La maladie est tellement bien ancrée et jouant sur des notes primitives. J’ai entendu dire qu’il ne fallait pas confondre l’évolution avec le progrès et au départ, je n’étais pas certain de comprendre la portée d’une telle affirmation mais désormais, la vision de celle-ci n’en est que chaque jour un peu plus clair.

Je le sais et ça me suffit

10 avril 2012

Je ne sais pas si je vais vraiment trouver les mots ce soir. Quand j’ai reçu ton message et quand j’y ai répondu, je ne savais pas vraiment si cela appelait une réponse. Je t’ai dit merci car c’était la moindre des choses que je pouvais faire mais de mon point de vue, celui qui ne fait jamais surface : j’avais bien d’autre chose à te dire. Il y a ce que je crois et ce que je voudrais te faire croire : qu’au fond, je ne suis pas quelqu’un d’important. La “normalité” voudrait que tout le monde soit ainsi. Ce qui fait la différence… Je ne le sais pas. C’est sûrement le moment et la manière de faire. Je ne connais pas grand chose aux gens. J’ai juste des intuitions. J’ai juste parfois envie qu’elles soient. Qu’elles se réalisent. Moi-même, personnellement, je ne fais rien de spécial. J’entends juste leur musique : celle qu’elles ont dans la tête et pas forcément, celles qu’elles jouent. Ca ne me demande rien. Je veux dire que je n’ai pas d’effort à faire pour ça. C’est donc “naturel”. C’est compliqué d’expliquer ce genre de choses. Je comprends l’envie de témoigner par rapport à cela, de renvoyer à l’autre au moins le signe de la considération que l’on a et que l’on a eu par rapport à ce qu’il est pour nous, par rapport qu’il a pu faire mais de mon point de vue, on ne devrait même pas avoir à le faire. Si tu vois quelqu’un devant une porte fermée à clé et que toi tu as la clé, la logique va être de lui ouvrir. Faut-il pour autant que la personne te remercie pour ça ? Tu n’étais pas “obligée” de le faire… Certes… Mais sincèrement, qu’est-ce qu’on gagne avec cette “non-obligation” ? Ou plutôt que perd-t-on ? Je focalise là-dessus mais dans ton message, il y avait encore autre chose. Et ça, par contre… Que veux-tu que je te dise ? J’avais l’impression de lire le chapitre un d’un truc que j’ai écrit, il y a “longtemps” : mais la conclusion que j’en tirais était à l’opposé de l’impression que l’attitude pouvait laisser transparaître. Donc, oui… J’apprécie beaucoup ce que tu as mis et ce que tu as “essayé” de transmettre… Et tu n’as pas fait qu’essayer. Tu l’as réussi. Je sais que ça va paraître embrouillé comme manière de le dire mais je sais que tu sais faire la part des choses et mettre le curseur où il faut pour décoder l’insondable. Je le sais par les discussions interminables que l’on a pu avoir. Je le sais par ton écriture et même si elle se fait rare. Je le sais et ça me suffit.

C’est un peu comme la première fois que l’on dit “je t’aime”

9 avril 2012

C’est un peu comme la première fois que l’on dit “je t’aime”. On ne sait pas comment le dire, on ne sait ne pas si c’est le moment. On a autant de chance de tomber à côté que de viser en plein le mille. Je crois qu’on ne décide pas du moment où l’on devient père. Ce n’est pas une histoire de gènes, de sang ou de quoi que ce soit. Il est des gens qui fuient cela. Je ne suis pas de ceux-là. Il ne faut pas leur en vouloir parce que c’est quelque chose qui ne s’explique pas. Il y a des gens qui le deviennent par la force des choses. Ils se mettent avec une fille, un jour et puis, ça se fait. C’est la “formule magique”.

Moi, je voulais te raconter une histoire qui n’a rien à voir avec cela. Je voulais commencer par “il était une fois” mais je me suis dit que tu n’allais pas y croire au final et que tu te dirais que dans tout ce que j’ai à te dire, il n’y aurait rien de vrai. Alors je me suis dit que j’allais peut-être commencer mon récit par “Tu te rappelles ?” mais à la vérité, c’est inapplicable puisque là où commence mon histoire, tu n’étais même pas née.

Là, je vois que tu commences à froncer les sourcils en te demandant sur quel malade mental, tu es tombée… Tu vas peut-être aller à la fin de la lettre pour savoir de qui elle est signée pour savoir de qui elle est. Je ne t’en voudrais pas, tu sais. C’est, on ne peut plus, normal. Lorsque tu vas découvrir qui t’écrit cette lettre, tu vas peut-être te dire : je ne le connais pas, “lui” et par conséquent, pourquoi il m’écrit quelque chose ? Et là, j’ai envie de te dire que je n’en sais pas plus que toi. Enfin… Si… Peut-être que j’en sais un peu plus que toi. Au moment où je t’écris cette lettre, j’aimerais pouvoir me tromper sur l’avenir. Je n’aime pas l’anticipation parce qu’elle m’a toujours fourvoyé. Elle m’a toujours emmené sur des chemins que je n’aurais jamais empruntés. Le “problème”, oui… Parce qu’il y a toujours un “problème” qu’on le veuille ou non, c’est qu’on ne maîtrise rien et que si l’on veut donner à quelqu’un l’entièreté d’un sentiment, la “vérité” de l’instant, on n’est obligé de l’écrire dans le présent. Après… Tout se déforme, tout prend la forme d’un récit que l’on remet au bout du jour pour qu’il soit cohérent et plus beau qu’il n’était à l’origine. Ca pourrait te faire dire que les gens ne sont pas honnêtes mais, tu vois, même ça, ce n’est pas vrai. Les gens sont simplement flippées juste à l’idée que l’on se rende compte que l’histoire est chaotique et qu’elle est foutue d’impasses dans lesquelles on est resté un jour…. Quelques mois ou bien un paquet d’années. Les gens ne sont pas faits pour pouvoir dire un jour “je t’aime” et un autre, “je t’ai aimé”. Pourtant, tu vas me dire que ce n’est pas compliqué et moi, je vais te dire “chut” : ne dis rien que tu pourrais regretter.

Il y a peut-être des gens qui te raconteront que j’avais tout pour faire un “père”. Il y a même des gens qui pourront te dire qu’ils m’ont “vu” l’être. Elles sont sincères, ces gens. Elles ont juste oublié la vérité ou plutôt fait le pari qu’il était plus adroit d’oublier les circonstances et d’en rester juste au réel. Ce sont des gens “bien”… Ce sont des gens qui croient à autre chose que la soupe qu’on nous sert tous les jours et qu’on nous dit être “apparentée” au bonheur…

C’est un peu comme la première fois que l’on dit “je t’aime”. On nous a tellement rabâché le cliché du “comment ça devra être”.

Pratiquement. si tu veux savoir la vérité, je n’ai aucune raison de revendiquer quoique ce soit par rapport à toi. Peut-être que si tu t’en rappelles dans un coin de ta mémoire plus tard, tu te diras : “oui, maintenant, je comprends mieux”. Tu n’as rien à voir avec moi. Pire que cela… Tu as été la “tentation du substitut”… Je n’ai jamais perdu de vue cet écueil. Ce “risque”… Alors… Tu vas me dire… C’était quoi “ce risque” ? Le risque, c’était tout simplement que je te prenne pour qui tu n’étais pas. Avant d’en arriver là… Avant d’être dans cette situation… J’ai eu une histoire. Même plusieurs, pour être honnête. Doit-on me considérer pour autant comme un cavalier blanc ou un cavalier noir ? Tu comprendras qu’à une telle question, je ne suis pas qualifié pour répondre. Je sais ce que je ressens. Je sais ce que j’ai ressenti. Je sais ce que j’ai fait ou pas. Quant à te dire si tout ça était plutôt du côté du bien ou du côté du mal, je suis la dernière personne à qui il faut poser la question. Et puis même : qui peut répondre à ça ? A part le crétin ou l”illuminé de service ? Si je te dis que je t’ai “perdue” une première fois et que ce n’était pas “toi”, je pense que tu sauras reconstruire le puzzle toute seule. Il était là le risque… On n’invente pas d’histoire à partir de ça. On ne peut pas jouer du violon pour s’attirer ce qu’on appelle la “compassion” parce que de toute façon, c’est une chose que l’on a en horreur. On veut juste pouvoir en parler en toute liberté. On ne veut pas de la gaine de la “bonne société”. On ne veut pas des canons de “beauté”. On voudrait pouvoir juste dire “je t’aime” sans que cela soit interprété.

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