Skip to content

La laisseras-tu partir ?

21 juillet 2012

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Lucie avait le ton grave et sûrement, les larmes aux yeux. Elle se tenait debout derrière moi, les poings serrés tenant les plis de sa robe.

Je n’avais à vrai dire aucune envie de lui répondre. Je n’avais pas d’idée sur la vérité. Ce « la » me renvoyait trop loin dans ma mémoire. Ce « la » était quelque part, perdu, presqu’oublié dans un coin de ma tête.

De toutes les personnes que j’avais rencontrées dans ma vie depuis des mois, des années, Lucie était la première à poser une question sensée. C’était la seule à avoir touché du doigt, l’interrogation ultime : celle que je cachais au fond de moi, celle dont je gardais le secret.

Certains ou certaines vous diront que je suis dérangé. D’autres, que je suis psychotique. D’autres, encore, vous diront que je suis maniaco-dépressif. Tous vous diront que je ne suis pas méchant à fréquenter, que je suis même agréable et gentil, au début. Puis ils vous décriront la lente descente vers l’enfer. La transformation du réel. La transition d’une vie fait de petits moments de bonheur vers une sorte de piège affectif.

Il paraît que je n’y suis pour rien, qu’il existe des gens pour m’aider et me soigner. Il paraît qu’il y a des gens qui se soucient de moi, de ce que j’étais et de ce que je suis devenu. Il paraît qu’il y en a qui se préoccupent de mon avenir aussi.

Je ne suis pas certain de comprendre tout ceci. Je sais que j’ai quelques désordres affectifs à combler et à remettre d’aplomb. Je sais que le mieux pour moi serait d’oublier, d’accepter la réalité telle qu’elle se dresse devant moi, tout comme elle s’est dressée ce jour-là devant mes yeux, mon cœur et mes mains.

Ce qu’elles ne comprennent pas, ces personnes, celles qui vous veulent du bien : c’est que rien n’a suffisamment de valeur pour se substituer. Sauf le rien que j’ai décidé. Je n’ai guère de valeur dans ce monde. Je n’ai pas marqué au fer rouge le monde de ma « grandeur », de mon « âme ». Je ne suis guère que le énième être humain à faire un passage dans cet espace-temps et même si j’essaie d’y mettre toute ma bonne volonté, cela n’effacera pas l’erreur.

Pour se pardonner, d’aucuns inventent une histoire dans laquelle ils se donnent le rôle de victime. Ils cherchent des raisons dans leur enfance, dans les traumatismes qu’ils ont pu avoir et par rapport auxquels, ils ont pu développer ce qu’ils appellent une réaction de protection. La vérité : c’est qu’il s’agit d’un faux-fuyant destiné à déculpabiliser, à déresponsabiliser la personne qui a pris en un instant une décision telle qu’elle lui était dictée par son cœur.

Le choix. Le choix est une notion difficile à faire entendre. Certains ou certaines vont vous parler qu’ils ou elles ont fait le choix « de » ou ont pris la décision « de ». Lorsque vous grattez un peu la vérité, vous entendrez bien vite qu’en fait, il n’en est rien. Au lieu d’un choix, il ne s’est agi que d’une acceptation d’un fait. Un fait qu’il était trop tard pour nier ou pour affirmer.

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Non. Je ne suis pas capable de me pardonner puisque je ne comprends même pas le sens de cette phrase. Non, je ne veux pas « la » laisser partir… Elle était un bout de moi jeté dans l’infini. Elle était un bout de quelque chose qui avait une certaine beauté dans l’insignifiance qu’elle pouvait avoir. Peut-être était-elle le résultat d’une dizaine de minutes d’insouciance, peut-être s’en était-il fallu de peu pour qu’au lieu de vous parler d’elle, je ne vous parle de rien. Peut-être. Peut-être, mais ce n’est pas ce « peut-être » qui l’a emporté. C’est elle.

Personne n’est en mesure de vous donner la leçon lorsque ce genre de chose arrive. Surtout pas les égocentriques qui vont nier la réalité jusqu’à ce qu’elle s’impose. Le déni doit être inverse. Le déni doit refuser la réalité tiède que l’on vous impose pour, soit disant, votre « bien ». « Dormez tranquille : ici, on tue et l’on se pardonne ».

La belle affaire.

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Je voudrais bien, Lucie, me retourner et te faire face pour te dire, les yeux brillants d’une fièvre indicible : « oui… »

Mais pour qui le ferais-je ? Pour toi, pour moi ? En tout cas, pas pour elle.

Elle n’avait rien demandé. Comme cette autre « elle » pour qui j’avais tant d’affection. Elles n’avaient rien demandé. L’une était là. L’autre a disparu prématurément. Tout ça pourquoi ? Pour contenter l’égo ridicule de personnes qui ne croyaient pas en elles. Le beau gâchis.

Croire qu’il faut faire les choses par ce qu’on y est poussé. Ridicule. Nous ne sommes pas là pour nous-mêmes. Nous ne sommes pas là pour nous contenter nous. Celui qui comprend le poids d’une vie comprend pourquoi la légèreté n’est pas dans les choix. La légèreté est dans les gestes du quotidien, dans l’affection que l’on apporte à chaque être. Si l’on est vrai et qu’on ne cache pas ce que l’on est, on ne fait jamais dans le mesurable. L’autre est là pour le comprendre parce que lui non plus ne sait pas faire dans cette mesure. Si la finalité de vivre est de mourir, autant vivre et donner à ce que prendra la suite l’espoir, la vision d’un autre possible. Te vois-tu enseigner à ces âmes innocentes que leurs seuls horizons sont cernés par les limites de leurs propres expériences ? Qu’elles auront raison de s’apitoyer sur  elles-mêmes parce qu’on ne leur aura enseigné que leurs parents ne savaient faire que cela ?

Je n’ai pas encore prononcé son nom… Mais cette chose infâme a un nom : « la fatalité ». Je suis ainsi « parce que »…

« Crois-tu qu’un jour, tu la laisseras partir ? Crois-tu qu’un jour, tu sauras te pardonner ? »

Je crois, Lucie, qu’aussi pertinente puisse être ton interrogation, elle n’a pour moi aucun sens. Même si je peux te répondre par « oui » ou par « non » à tes questions, il reste que mes réponses n’ont aucun lien avec la raison pour laquelle, je reste là, silencieux, peut-être à moitié ravagé du cerveau comme certaines âmes bien pensantes se sentiront autorisées à penser.

Je l’ai déjà laissée partir. Je me suis déjà pardonné quelque part si dans ton idée « se pardonner » est identique au fait d’avoir accepté le fait et non, ce que j’ai fait. Je l’ai déjà laissée partir car quand je pense à elle, je pense d’abord à ce que je serai en train de faire avec elle aujourd’hui et non, à ce que je regrette de n’avoir fait.

Je crois encore. Je sais. Je suis déjà mort dans ma tête et c’est peut-être l’unique raison qui me maintient en vie

Publicités

Ne vous inquiétez pas.

18 juillet 2012

En désaccord de l’air qui nous nourrit des âmes en déshérence de l’envie, du luxe dont l’animal nous a laissé la trace. La transe nous saisit par delà cette solitude, cette vie que l’espoir a décoré de fleurs de papier pour qu’elles brûlent mieux aux premières lueurs d’un jour qui s’est un instant levé. La musique bruyante de toutes ses résonances que l’on croyait enfouies sous le bazar désordonné des déceptions et des amours ratées nous remplit d’un sentiment plat. Une mélancolie douce qui a oublié les passions dont elle s’est fait naissante. Il n’y a rien, aucun horizon, aucun perspective. Tout est calme autant que tout est prêt à bondir ou bien prêt à disparaître. Un peu comme le condamné qui s’avance devant le peloton d’exécution. Il sait l’avenir et il ne peut s’empêcher d’y penser comme la chose la plus terrifiante et comme le moment où interviendra sa libération. Il se fiche bien du jugement des autres, eux qui se sont rendus coupables de l’avoir conduit là, devant le billot. D’aucuns penseront à l’expression d’un égoïsme latent qui ne manquera pas d’éclater, même à la dernière seconde. Mais personne n’aura la clairvoyance de reconnaître la symbolique ultime de cette abnégation, de cette allégeance au coeur plutôt qu’à la raison. Ils chercheront le pourquoi au lieu de comprendre le comment. Ils penseront de lui que c’est la fin alors que ce ne sera qu’une délivrance. La délivrance d’un monde fichu d’une mélodie où le défaut en est son harmonie. Et quand bien même certains se relèvent parfois pour ne plus être à genoux, on leur coupe les bras des fois qu’ils puissent effleurer le ciel.

Mais tout cela n’a guère d’importance car vous aurez perdu la mémoire de cela dès demain, inquiets de votre propre existence qui vous semble avoir une valeur et que vous continuerez en vain de chercher.

C’est un été pluvieux

15 juillet 2012

C’est un été pluvieux, un de ces étés qui commencent par trois rayons et qui s’emportent sur des notes d’automne. On regarde par la vitre et l’on n’a plus envie de sortir. On a peur d’affronter cette pluie dont on ne sait d’où elle vient. Certains te disent que les temps changent et que si tu veux retrouver l’été comme tu l’as dans ta mémoire, il faut t’exiler. D’autres te disent que cela reviendra et que de toute manière, c’est toi qui as imaginé que l’été était beau et chaud. Tu as juste effacé de ta mémoire les souvenirs de pluie, les orages et les nuits blanches passées sous les gouttes à courir là-bas ou ailleurs. Mais je ne crois ni à l’un, ni à l’autre. Les années ont passé et si j’ai compris une chose, c’est que l’été est une idée mais ce n’est pas lui qui constitue la mémoire.
Je n’ai plus envie d’être naïf, je n’ai plus envie de reculer par crainte de faire quelque chose qui pourrait m’éloigner de l’idée. J’ai choisi d’être là pour la seule raison qui ne s’explique pas. Je sais qu’il y aura des averses, qu’il fera froid parfois mais je m’en fiche. Tout ça ne compte pas. Je sais qu’il faut encore que je fasse des choix, je sais qu’il faudra encore que j’ose aller dans des directions inconnues. Mais je m’en fiche. C’est un peu comme, je pense, quand on a la foi. On sait que c’est par là qu’il faut aller, on sait qu’il y aura de l’autoroute mais aussi des chemins pleins de gravier mais rien n’y fait. Et même si le coeur peut parfois se serrer, ce n’est pas tant parce qu’il est mal traité que parce qu’il se tend au-delà des vides de la réalité. C’est douloureux et c’est beau. C’est un peu comme un coureur ordinaire qui se lance dans un marathon. Une fois qu’il est dans la course, une fois qu’il a entamé le périple, il se demande pourquoi il s’est jeté dans cette épreuve, pourquoi ses jambes lui font mal, pourquoi son souffle vient à lui manquer, mais au final, il sait que c’est là qu’il obtiendra sa satisfaction : lorsqu’il se sera dépassé, lorsqu’il aura fait sauter toutes les barrières, les limites.
Le problème n’est jamais de choisir car le choix, nous le faisons toujours même si nous voudrions que ce soit lui la source des questions. Le problème est d’entendre pourquoi nous avons fait le choix.
J’ai fait le choix d’aimer cet été et la météo peut en faire ce qu’elle veut, je ne reculerai pas. J’ai tellement de souvenirs à me faire, j’ai tellement de sourires à obtenir, j’ai tellement de choses à donner à cet été.

On n’sait jamais (avec Caelie)

8 mai 2012

Odeurs boisées. Les mains jointes. Il y a un ruisseau, perdu, dans la vallée. Et nous buvons. Nous buvons à en perdre la tête.

Il y a ces moments inachevés qui virevoltent parmi les feuilles d’automne avec une couleur de terre.

Nous bernons le soleil et ses nuages comme si demain n’existait pas, et je n’ai qu’un léger pull sur les épaules. Mais maillé par tes soins, il m’enveloppe à merveille.

Odeurs boisées, sous tes cheveux, sous tes paumes pressées contre mes joues.

Il y a la lune. Il y a les pavés.Des fleurs, n’en reste qu’une,
celle qui s’est accrochée.Celle à l’odeur des rancunes,
celle qu’on voudrait incendier.

Elle est la dernière trace d’une guerre où nous n’avons jamais mis les pieds. On le sait. Ce n’est pas cela qui nous fera reculer.

J’ai le regard d’hier qui s’empêtre dans le fouillis de mes demains.
A deux doigts de ton être, et à te prendre à deux mains.

J’ai des lettres à l’aurore que je n’ai pas envoyées. Je ne veux pas faire l’effort car je veux encore croire, ne serait-ce un instant, qu’à une encablure de ton port, j’ai le droit d’oublier.

D’oublier le reste du monde, d’être juste là, avec toi et la rivière à nos côtés.

Nous rentrons bientôt. La maison n’est pas loin. Nous avons notre chambre au premier. Un écrin de poussière est posé sur la table de chevet.

Il y a des photos. De belles photos. De vieilles photos.

J’aurais voulu oublier le reste du monde beaucoup plus tôt. Faut-il croiser ses doigts de pied pour espérer un peu plus qu’une simple pluie d’étoiles un soir d’été ?

J’ai peur d’oublier, sais-tu, que l’aurore est jolie quand elle disparaît doucement. Et je ne veux pas disparaître.

Encadre-moi. Peins-moi ton ciel sur les hanches, que je te porte quelque part.

A naître de l’esquive, un jour nous serons rois. Rois de cette autre rive où il était une fois… Un conte où les lascives écrivent même leur loi, qu’elles portent dans des missives, à l’autre bout d’un toi que je cherche dans l’ombre derrière moi.

Nous serons heureux. Incapables de savoir pourquoi ni comment, mais nous le serons.

Le jour ou la nuit, séparés ou bien ensemble, nous ne serons jamais bien loin l’un de l’autre.

Il y a des gens qui raconteront que ce qu’on aura vécu n’était qu’une amourette parce qu’ils comptent les heures comme des minutes et les mois comme les heures. Ils croient que le temps est un fil qui avance à une allure constante quoiqu’on fasse, quoiqu’on vive et quoiqu’on pense. Alors que rien ne lasse et que le tout ressasse le flanc de la rivière, la branche du buisson et le soleil d’été sur ta robe bonbon. Même l’odeur rappellera la sueur qui le long de ton cou, perle avant son rendez-vous, la fragrance des fleurs renversées sur le sol au milieu de nos bouts, dans les vagues des draps.

Fermer les yeux. Je ne veux que fermer les yeux et sentir tes mains dans ce cou si anxieux.

Je me tairai, bien sûr, malgré tous ces mots qui frapperont ma langue dans l’espoir de s’envoler vers ton regard.

Je me tairai, car mes pupilles voudront te dire bien plus encore.
Que l’instant soit rompu par des paroles de trop, celles de tous ces gens qui ne nous connaissent pas, peu m’importe, c’est à tes mains que ma mémoire écrit de vraies pétales. Elles vivent l’histoire comme nous la contions. Prends mon bras. Ils nous restent un peu de temps avant, tu sais …

Les cerisiers seront bientôt en fleurs.

Je me tais. Je nous laisse un silence, un soupir, une respiration.
Tu me tournes le dos et je sens bien ton regard qui voit plus loin que l’aplat impeccable du mur qu’il contemple.

Je devine ce sourire qui s’étale sur tes lèvres, la fossette resquilleuse se moquant de mes mains baladeuses qui traînent à la lagune désœuvrée.

Tu ne me demandes pas si je suis bien. Tu le sais. A la manière dont mes doigts te frôlent et provoquent cette chair de poule qui te fait frissonner. Je te connais par cœur même sur ces terres que je n’ai jamais explorées. Je me perdrai sûrement en chemin mais je saurai encore où il me faut aller.

Tu es mon parchemin et ma langue étrangère. Mon voyage au lointain.
Donne-moi ton plan de vol, le nom de tes escales que je puisse tracer cette ligne improbable le long de tes contrées avant que notre petite mort nous dise que l’aube s’est levée.

Caelie & Tilou

avril-mai 2012

(publication originale sur LPDP : ici)

C’était après la troisième guerre mondiale.

6 mai 2012

C’était après la troisième guerre mondiale. Le moment où l’humanité a cru en elle pour elle-même et non en ceux qui la composaient. Ce fut un moment douloureux, indescriptible. C’était beau, triste et effrayant. Il y avait des feux d’artifices, des cotillons et des amants pour faire l’amour au son de cette célébration. Mais la chose devant laquelle ils souriaient n’était pas eux. Elle ressemblait au rêve d’un autre. C’est à ce moment-là que le “Je” a commencé à s’interroger. Le “Je” n’était-il pas universel ? L’envie d’être, l’envie de posséder n’était-il pas en chacun de nous ?

C’était après la troisième guerre mondiale où certains ont réalisé que l’enfant ne leur appartenait pas et avait des rêves plus grands. Il croyait à toutes ces choses qui nous dépassent, et qui font que “nous” restons là, l’un contre l’autre, amoureux de l’autre rive… celle que nous ne connaissons pas, celle qui nous fait peur autant qu’elle nous attire.

C’était après la troisième guerre mondiale, celle qui a confronté l’individu à sa dualité et où il a réalisé dans la douleur qu’il n’était pas digne de recevoir son amour. Celle qui a dénoncé ce monde ancré dans les frontières d’un être qui n’avait plus de doutes sur le chemin à emprunter.

C’était après la troisième guerre mondiale, celle où les canons et les militaires ont perdu leurs frontières. Celle où la nuit s’est fait lumière, et où tu es venue. Nue, sans tes barrières et où je t’ai accueillie en te demandant uniquement ce que tu voulais faire.

Je ne suis qu’un décor

6 mai 2012

Je ne suis qu’un décor, qu’un appartement où l’on vient se réfugier, une pièce plein de courants d’air qui en gardent les clés.

Je ne suis qu’une amphore, une outre pleine de vin que l’on vient boire quand on a besoin de se saouler.

J’ai des idées sur l’encor et sur la fin de l’été, j’en connais les refrains et je suis là pour te dire qu’il ne faut pas s’y arrêter.

Il y a des milliers de matins où il faut bien se souvenir que le jour s’est levé avec ce sourire à tes lèvres alors que tu n’étais même pas réveillée. J’avais sûrement l’air un peu lointain : je m’étais laissé emporté. 

Sur des routes, des chemins bordés d’un chagrin qui rêve d’oublier, même s’il reste dans l’écrin posé là, tout à côté.

Je ne suis qu’une chambre, une terrasse de café où l’on prend une limonade avant de la quitter.

C’est ma main dans la tienne qu’on va laisser au vent.

26 avril 2012

Laisse-moi ce silence dans lequel je ne vois rien, dans lequel je m’angoisse et je doute de l’après. Comme si l’absence de promesse obstruait le fait de penser qu’il puisse y avoir un avenir. Je ne te parle pas d’un ligne tracée avec d’ores et déjà toutes ces formes, ces circonvolutions et sa fin. Il y a toujours une fin lorsqu’il y a eu un début. Je n’ai guère de doute là-dessus. Si je te dis que tu me manques, tu vas dire que j’exagère ou que ce n’est que mon problème. Et tu auras peut-être raison après tout. C’est le principe de la consommation. C’est jetable. C’est un peu comme ces sacs plastiques qu’on ramène du supermarché. On sait qu’ils ne seront pas à nos côtés toute notre vie mais on les garde car ça peut dépanner. C’est une vision très utilitaire mais quelque part, elle ne laisse pas de place à l’idée affective.
Moi, je conserve, tu le sais bien, même les mots écrits sur un bout de sopalin qui a failli brûler sous la menace d’une cigarette. Mais je n’avais pas assez de colère en moi pour le faire. Je n’avais pas assez d’envie pour effacer ce qui avait été pour moi, un instant entre les autres. Je me dis parfois que la mémoire est une chose dont on devrait se défaire. Mais en a-t-on le droit ? Est-ce bien honnête ? Quand on oublie une chose, c’est un peu comme si on lui donnait la mort. Son existence s’arrête. Alors peut-être faut-il avoir le tempérament d’un assassin pour savoir le faire. Ne pas avoir de scrupule à dire une chose puis quelques mois, quelques jours ou bien quelques années plus tard, dire le contraire. Mais ce n’est même pas là la question. Ce n’est pas la contradiction qui pose souci. C’est le reniement. La contradiction, peu ou proue, on finit toujours par l’accepter car même si elle dénonce le caractère futile de la parole et surtout, le peu de valeur que certains lui accordent, le reniement, c’est tout autre chose.
“Merci pour elles”, tu me dis souvent alors que “Merci”, cela serait beaucoup simple. Et surtout beaucoup plus proche de la réalité objective. C’est vrai qu’en utilisant ces mots, ça permet de dire des choses sans vraiment les dire mais cela reste malhonnête. Je ne fais pas les choses “pour elles”. Resteindre les faits à ceci, c’est quelque part jouer avec des matières qui ne sont pas faites pour ça. On peut jouer dans n’importe quel autre domaine, on pourrait même faire “semblant” dans d’autres théâtres. Mais là, c’est notre pièce, c’est notre scène et surtout ma main dans la tienne qu’on va laisser au vent.

%d blogueurs aiment cette page :